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Dites-moi, je vous prie, de quel côté faut-il me diriger ? demanda Alice.
Cela dépend beaucoup de l’endroit où vous voulez aller, dit le Chat.
Cela m’est assez indifférent, répondit-elle.
Alors peu importe de quel côté vous irez, dit le Chat.
Pourvu que j’arrive quelque part, ajouta Alice en explication.
Cela ne peut manquer pourvu que vous marchiez assez longtemps, dit le Chat.

Emmanuel Macron, l’alternance et le parti unique

Pendant que le nouveau Premier Ministre navigue les eaux troubles où l’ont plongé le Président et son ambition (ne  voulait-il pas l’être, Président ?), un pas de  côté sur la  conception politique justement du Président.

Le  projet affiché d’Emmanuel Macron et de son parti est de gouverner au  centre (le fameux ni droite ni  gauche) en mettant en avant quelques  notions a priori séduisantes : échapper aux affrontements doctrinaux, privilégier le  compromis au conflit, être pragmatique et recherche les meilleures solutions auprès des meilleurs spécialistes ou  experts.

La réalité a bien sûr été de plus en plus différente :  glissement progressif sur la droite, tant dans le discours que dans les mesures prises, et législations passées en force dans une ambiance des plus conflictuelle. Il suffit de penser à la réforme des retraites ou au vote du budget pour 2024.

Au-delà de ces travers, le gouvernement « au  centre » est affecté de deux défauts fondamentaux et associés.

Le premier est de promouvoir une approche strictement gestionnaire des choix publics et de présupposer que chaque problème n’a qu’une solution. C’est ce gouvernement de tableurs excel et de cabinets de conseil, de pensée unique en quelque sorte. C’est aussi un formidable appauvrissement de la pensée : dans un tel fonctionnement, on raisonne uniquement par adaptation d’un modèle et on se prive de la possibilité de simplement imaginer un autre modèle. Ni « disruption » ni « nouveau monde ». Au contraire, une pensée très conformiste ou tout se résume (et se traite par) à des changements de curseurs.  Victoire des modèles économiques sur le vrai débat. Ce n’est pas innocent si les réformes dites « de société » sont rares depuis 2017, et si M Bernier (et Gabriel Attal) ont omis de parler dans les travaux urgents de la fin 2024 du projet de  loi  sur la fin de vie.

Le second défaut, conséquence du premier et encore plus grave, est la négation de l’alternance ; le parti du centre a vocation à gouverner pour toujours, quitte à grignoter aux marges des partis à sa gauche et à sa droite. Il devient ainsi une sorte de parti unique. Cet appauvrissement politique est non seulement une impasse, mais il est dangereux : sur le principe il est antidémocratique, et en pratique il incite les électeurs mécontents à se tourner vers les « extrêmes ». On peut ici admirer la cohérence perverse du discours du Président et de ses proches, qui rejette dans un même « extrémisme » les deux bords que sont le RN et la France insoumise, tout en étant bien heureux de recevoir les voix de LFI aux moments de danger. Cohérence qui attise ce même « extrémisme » pour mieux le tenir à distance. Discours évidemment périlleux.

Discours hypocrite au demeurant, car les développements récents montrent bien que la détestation traditionnelle de la droite pour la gauche est en en train de l’emporter sur l’hostilité à la droite extrême…

Discours de plus en plus paradoxal, puisque les extrêmes selon la définition du moment (la tromperie qui met dans le même sac LFI et RN) sont la majorité des votants.

De ce point de vue, il est navrant que la France insoumise participe à ce jeu en offrant à ses (nombreux) ennemis politiques et médiatiques l’occasion de la diaboliser, alors même que le programme qu’elle a confectionné avec ses alliés du NFP est bien plus de centre gauche qu’autre chose.