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Dites-moi, je vous prie, de quel côté faut-il me diriger ? demanda Alice.
Cela dépend beaucoup de l’endroit où vous voulez aller, dit le Chat.
Cela m’est assez indifférent, répondit-elle.
Alors peu importe de quel côté vous irez, dit le Chat.
Pourvu que j’arrive quelque part, ajouta Alice en explication.
Cela ne peut manquer pourvu que vous marchiez assez longtemps, dit le Chat.

Républicains et Démocrates ?

Nous avons tendance à mal distinguer les deux termes, ou à réduire la République à un régime « sans » roi. Les deux termes expriment au fond des notions différentes. Notre Constitution explique que la France est une République, indivisible, laïque, démocratique et sociale. Démocratique ne vient qu’en troisième position. On a bien deux notions distinctes.

et nos « amis » américains ont structuré leur vie politique sur l’opposition entre Républicains et Démocrates. Il y a bien un sens derrière la sémantique. Revenons à la source des mots :

« République » est une invention Romaine, effectivement fondée en réaction à la royauté. Cela signifie avant tout la « chose publique ». Ce qui signifie au moins deux traits essentiels C’est une part la notion d’intérêt général, qui n’est pas la somme des intérêts particuliers. Notion chère au coeur du droit public français, et à l’opposé du gouvernement des lobbies et des groupes d’intérêt qui devenu la norme actuelle. En Europe et encore plus aux Etats-Unis. L’autre notion est celle de l’Etat de droit : le droit s’impose à tous y compris aux gouvernants. Le fait d’être au pouvoir ne permet pas de tout faire. Cela conduit à la séparation des pouvoirs, et à la mise en place de contre-pouvoirs. Comme dit la Déclaration des droits de l’homme née de la Révolution, toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. Et autrement dit, la République est la limitation du pouvoir dans son étendue. Elle est l’opposé de l’absolutisme.

Sous cet angle, les Etats-Unis, avec leur passion pour le droit et la systématisation des contre-pouvoirs, se posaient en République modèle. La nouvelle Présidence Trump va s’attaquer à ce modèle au nom d’une conception extrême de la « démocratie ». Elle a déjà commencé,et cela remonte même à la fin de la Présidence Obama quand le Sénat a refusé d’étudier les candidats du Président à la Cour Suprême.

Démocratie nous vient du grec (peuple et pouvoir). La République porte sur l’exercice du pouvoir, la démocratie porte sur le titulaire du pouvoir, le peuple, par opposition au monarque, ou aux oligarques. La démocratie suppose l’égalité des électeurs, suppose la loi de la majorité et borne le pouvoir dans le temps : le peuple peut reprendre à son représentant le pouvoir qu’il lui a confié. Qui dit démocratie implique donc alternance et choix. Et implique donc le respect pour la minorité du moment. Dans un monde idéal, Démocratie et République vont ensemble, mais ce n’est pour autant obligé.

Les Etats-Unis ont toujours été une démocratie très tempérée : le fédéralisme apporte une grande importance au droits des Etats et de ce point de vue nuance la notion d’égalité des électeurs. Quelle que soit sa population, un Etat envoie deux élus au Sénat. Quant à l’élection présidentielle via les grands électeurs, elle admet sans problème que le Président peut ne pas avoir la majorité des suffrages exprimés. A ces tempéraments se sont ajoutées des dérives : poids croissant de l’argent dans les campagnes électorales, manipulation des circonscriptions électorales qui limitent fortement les alternances, influence des « réseaux sociaux » et version sans limite de son pouvoir par le nouveau Président. La boucle est bouclée, les deux pans de l’édifice, République et démocratie, sont attaqués.

La Hongrie est l’exemple européen le plus achevé d’une telle dérive. Il est donc compréhensible que le meilleur ami Européen de M Orban soit Donald Trump.

A suivre dans d’autres chroniques